En février, alors que pratiquement toutes les mares de la zone se sont asséchées, l’eau est encore abondante dans la Falémé. Enfin, "abondante" est peut être un bien grand mot, quand on pense au niveau que la rivière peut atteindre en plein hivernage, des traces étant visibles sur les berges plusieurs mètres au-dessus du niveau actuel.
_
_
_
Mais il reste tout de même assez d’eau pour tout le monde, et un petit tour en pirogue entre Toumboura et Sansanding suffit pour observer toutes les activités qui s’y déroulent…
_
-
_
C’est Babani, un agriculteur-pêcheur habitant de l’autre côté du fleuve, qui nous emmène, maman Abdoulaye et moi, sur sa grande pirogue traditionnelle. Elle paraît en bon état, mais tout près de moi l’eau s’infiltre par un petit trou… heureusement, Abdoulaye est derrière pour écoper avec un bout de calebasse cassé !
_
_
_
_
_
Nous avançons donc doucement vers le sud, en longeant tous les petits jardins des villageois. Les hommes restent là-bas toute la journée, afin de protéger les cultures contre les animaux sauvages, et s’interpellent continuellement par des « Hey Amadou ! » ou des « Hey Babani !» pour faire un peu d’animation… Le soir, certains se préparent à poser leurs longs filets dormants en travers de la rivière, ce qui leur permettra d’avoir quelques poissons à vendre le lendemain.
Sur l’un des jardins, je remarque un curieux assemblage d’épouvantails suspendus à des bambous, faits de tôle, de feuilles de palmier, …et d’ailes d’aigle fascié ! Je me retourne en m’écriant « des ailes d’aigle fascié ?!? », et Adboulaye m’expliquant avec sérieux que c’était Babani qui l’avait tué l’autre jour, le rapace venant sans cesse manger ses poissons dans ses filets ! Quoi qu’il en soit, pour en faire un épouvantail, il fallait déjà y penser !
_

_
Les jardins de la Falémé, entre Toumboura et Sansanding
_
Nous dépassons la zone des jardin, et sur les berges, nous apercevons alors quelques animaux venant s’abreuver : patas, callitriche, varan du Nil, mangue rayée… Les oiseaux sont également nombreux : le martin-pêcheur pie, les vanneaux, le pluvian d’Egypte, le héron cendré…
A certains endroits, la rivière n’est plus assez profonde : il nous faut descendre de la pirogue et la traîner avec nous en essayant de trouver le bon chemin… mais ce n’est pas désagréable, ça rafraîchit les jambes ! Enfin il faut quand même faire attention pour ne pas se prendre les pieds dans les filets des pêcheurs… sous peine de finir en épouvantail !!!
_
_
_
Un jardin bien apprécié par les patas...
_
_ Au bout d’une heure nous arrivons enfin à Sansanding, à seulement 5 km de Toumboura. Mais le gué nous empêche d’aller plus loin et nous devons rebrousser chemin. Au retour, nous nous arrêtons au niveau du plus grand des jardins, Abdoulaye voulant ramener des aubergines amères pour sa famille. Privilège des toubabs, on nous offre quelques tomates fraîches délicieuses et les derniers épis de maïs de la saison…
A la nuit tombante, Babani nous dépose devant l’ancien campement de Toumboura, constitué de quelques cases non entretenues où nous passons la nuit. Alors que nous partons faire griller notre maïs, Babani repars lui avec sa pirogue pour placer ces filets. Ensuite, nous le voyons débarquer sur l’autre rive. Rentre-t-il chez lui ? Non, Babani restera près du fleuve cette nuit. Pas pour garder son champ ou protéger ses filets... Babani est en fait le gardien de ce nouveau campement de chasse qui s’est construit juste en face de notre camp, et dans lequel séjourne chaque semaine toute une flopée de chasseurs toubabs, venus tuer le phacochère et les tourterelles dans la zone adjacente à la future réserve…
A suivre !
_