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Les aventures d'une volontaire française et des populations d'une petite réserve naturelle communautaire de la région de Tambacounda, SENEGAL.

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La compagnie des Eaux et Forêts débarque !





Jeudi 24 avril, Koussan.

  

Alors que nous étions au milieu de notre mission au sud de la zone, c'est avec un grand soulagement que nous accueillîmes le Commandant Baba Ba (nouvel Inspecteur des Eaux et Forêts de Tambacounda) accompagné de sa troupe, tous curieux de découvrir la fameuse réserve dont ils entendaient parler depuis un bon moment dans les bureaux de Tamba. A bord de leur voiture climatisée, munis de leur glacière remplies de boissons fraîches, ils étaient nos sauveurs du jour !

 

Pour aujourd'hui, nous allions donc laisser la moto et les 45°C sous le casque, pour faire une balade en brousse en 4x4 climatisé !!! Le grand luxe quoi !

 

 

Mais comme le but de la visite n'était pas simplement de nous amener un peu de fraîcheur, nous décidâmes de mettre le cap sur Anguili afin d'étudier les potentialités d'aménagement au niveau de cette forêt si importante dans la zone. Et voilà donc la troupe de l'IREF, Doudou, Abdoulaye et moi, tous en voiture pour traverser notre réserve.

 

Certes le trajet fut plus agréable qu'en moto, mais à neuf dans un Toyota Land Cruiser, tels les sardines dans leur boîte, la notion de climatisation fut toute relative !

 

Quoi qu'il en soit, la sortie fut riche aussi bien sur le plan pratique que théorique, car Baba Ba joua au professeur en questionnant ses oilles sur toutes les espèces d'arbres que nous croisions en chemin...

 

Forestiers oblige, ils furent bien sur frappés par les savanes d'Acacia seyal entièrement massacrées par les transhumants, en arrivant près d'Anguili. Mais ils furent plus surpris de voir que malgré le traitement radical infligé aux pauvres acacias, certains parvenaient à survivre, en prenant des formes très spéciales, ce qui valu à Baba Ba de traiter ces transhumants de véritables ingénieurs forestiers !


 



Les arbres parapluies. Lorsque l'herbe vient à manquer, au cœur de la saison sèche, les éleveurs n'hésitent pas à couper les branches de certains arbres, et particulièrement l'Acacia seyal. Les branches, tout juste fendues, retombent au sol comme les baleines d'un parapluie. Certains arbres arrivent cependant à survivre, en soudant leur branche et en régénérant de nouvelles par-dessus, selon un architecture très novatrice ! Ah, si on pouvait sélectionner des espèces « transhumants-résistants », on résoudrait le problème de la transhumance au Sénégal !!!





Habitués à voir chaque Acacia la tête en bas, Doudou Abdoulaye et moi n'étions guère étonnés de trouver un tel massacre près de la grande mare. Mais nous ne savions pas qu'une vraie « surprise » nous attendait à Anguili, exprès pour la venue de l'IREF : un des bergers encore sur place nous informa en effet que des « coupeurs de bois » étrangers étaient passés par là quelques jours auparavant, emportant avec eux des dizaines et des dizaines de troncs de palmier ! Eh oui, cette fois-ci, c'est à une bande organisée que nous avions à faire, venue exploiter la dernière zone riche en rôniers de la région. Et quand on voit à avec quelle rapidité ces palmiers disparaissent (du fait de leur exploitation pour le bois d'oeuvre, mais aussi de la sécheresse), il y a de quoi s'alarmer !

 





Sur les lieux du « crime », de nombreuses souches fraîches de rôniers jonchaient le sol, et quelques troncs inintéressants avaient été laissés par endroit. Les assassins avaient même pris le soin de creuser un petit escalier pour traverser le lit de la rivière... Selon les villageois, ils auraient embarqués la marchandise de nuit pour rejoindre le goudron, à plus de 60 km de là, en prenant soin d'éviter les postes de contrôle. Mais pourquoi, me direz-vous, les villageois n'ont-ils pas avertis les autorités ? Pourquoi n'ont-ils pas transmis l'information aux Eaux et Forêts tant que les coupeurs étaient là, sur la zone ? Peut-être parce qu'ils ne pensent pas vraiment que quelqu'un se déplacerait jusqu'en brousse, ou peut-être ont-ils peur de dénoncer... Et le même problème se pose à chaque fois : que ce soit pour des coupeurs ou des braconniers, la population sais mais ne dit rien... Dur dur !


En tout cas, maintenant que nous sommes avertis, l'IREF viellera à ce qu'aucun autre acte de ce genre n'arrive dans notre réserve !

 

Un peu plus tard, après un petit pique-nique bien mérité sous les palmiers d'Anguili, nous rebroussâmes chemin direction Koussan. Mais le travail n'était pas fini pour autant ! En effet, le trajet du retour fut l'occasion pour Baba Ba de nous faire un cours magistral sur la décentralisation au Sénégal et les conséquences sur la gestion des ressources naturelles par les collectivités locales... cours très  intéressant, cela va sans dire, et qui dura les 2h de route non-stop !


Petite photo de famille sur les lieux du crime (de gauche à droite) : Seydi, Sané, notre indic berger, Baba Ba, Abdoulaye, Doudou, Ba et Ndeye Maréme.

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